Du paradis

- « Qu’as-tu dans ton seau ? »

-« La mer et tous ses poissons,
Une glace à la vanille,
Un mulet qui prend la pose,
Quatre coquillages pour ses petits sabots,
Un lionceau de Grenade sur son dos
Remplit mon seau à marée basse.

Tout le monde s’est jeté dedans,
Les étoiles et le soleil avec ses bras,
La colline et ses lézards,
Sauterelles et papillons,
Cigales et grillons,
Avant la sieste il fait si chaud ! »

Au son des grandes chasses,
Des bocaux en bandoulière et des balles en coton,
Le gibier s’enfuit sous le nez du lionceau
Dans un nuage de thym et d’eucalyptus.

Le soir venu, le lacet défait, au bord de la fontaine, il le renoue et demande encore :

- « Qu’est-ce qu’on dit ? »

De la crinière par le cornet de glace jaillit un joli gros mot, un fracassant merci, qui fait rire la mer et trembler le paradis.

Fan

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15 réponses à Du paradis

  1. Arion dit :

    Charmant, léger, fantasque comme un souvenir d’enfance heureuse. Ca commence comme une comptine, ou une chanson de Trenet, « Qu’y a-t-il dans une noix ? Qu’est-ce qu’on y voit ? », et ça se termine en prose d’autobiographie, dans le mystère tempéré de la mémoire. « Il le renoue » : qui est ce il ? Grammaticalement, le pronom renvoie au « lionceau ». Mais comme le sens n’y trouve pas son compte, on pense au questionneur et accompagnateur : le père, si souverain qu’il n’est même pas besoin de le nommer.

  2. Nyaël dit :

    Des souvenirs heureux, un joli brin de fantaisie masquant la tendresse ….
    et le victorieux cri de la fin :  » qui fait rire la mer et trembler le paradis …. »

    J’aime bien !

  3. Arion dit :

    Nous sommes bien héroïques, chère Fan, et sans doute bien frivoles, en cette semaine d’urnes ouvertes, de nous intéresser  » à toute autre chose que la gageure »…

    « Faire trembler le paradis » : être si heureux sur terre que le paradis d’au-delà enrage d’être supplanté. Est-ce qu’on peut comprendre comme ça ?

  4. Fan dit :

    vous pouvez le comprendre comme ça; ce n’était pas mon intention mais ça enrichit le texte d’une interprétation pas déplaisante du tout.
     » le père, si souverain qu’il n’est même pas besoin de le nommer. » Votre remarque est de toute beauté et m’a beaucoup émue.
    Dans ce petit texte, il y a aussi une allusion à la mère, un chant que nous chantions à deux voix. Ca fait monter d’un « étage » ce texte et ce n’était sincérement pourtant pas mon intention première. Finalement, quand on écrit, parfois, on se demande qui est vraiment l’auteur, et ça, ça me plaît.

  5. Quidam dit :

    Moi, les étoiles et le soleil avec ses bras dans le saut, ça ma fait penser aux petits moules à sable dont on faisait nos pâtés. Ensuite c’est en vrac toute la Méditerranée. Sympa, ce petit poème.

  6. Arion dit :

    « Finalement, quand on écrit, parfois, on se demande qui est vraiment l’auteur, et ça, ça me plaît. »
    Oui, cette étrangeté, c’est l’essentiel du plaisir d’écrire, à condition d’oser ne pas écrire sous contrôle, de laisser monter l’eau profonde.

  7. Chanzy dit :

    « Au son des grandes chasses,
    Des bocaux en bandoulière et des balles en coton,
    Le gibier s’enfuit sous le nez du lionceau
    Dans un nuage de thym et d’eucalyptus. »

    Etonnant. Les mot bien sûr surprennent ; en peinture, ça donnerait du Dali et on le trouverait tout naturel !

    • picouss' dit :

      j’aime bien les 2 premières strophes.
      De là à comparer la dernière à du Dali en peinture …

    • Sissi dit :

      je ne suis pas miro, j’ai bien lu Dali ! une bien belle trouvaille. Les photos sont belles.

  8. Fan dit :

    A tous: mer………..ci !

  9. Chanzy dit :

    Oui, Dali, je veux dire dans le surgissement insolite, « surréaliste », des images. On n’a pas envie de « comprendre », on plonge profond dans la rêverie. C’est moins facile en poésie qu’en peinture.

  10. Chanzy dit :

    Si vous n’avez pas, enfant, chassé le papillon ou pêché le têtard, normal que le bocal en bandoulière ne vous dise rien.

    La rêverie, non pas bien sûr au sens d’une poésie romantique et éthérée, mais au contraire d’un afflux de l’imagerie matérielle, sensorielle, si souvent liée à l’enfance.

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